C’est la question qui s’est posée au réalisateur David Korn-Brzoza, qui était au départ aussi sceptique que beaucoup à la simple évocation de cette question. Les spéculations sur le patrimoine génétique d’Hitler vont effectivement de bon train, sachant qu’elles augmentent à mesure que les autres types de preuve se raréfient. L’investigation sur une branche officieuse de la descendance d’Hitler fera l’objet d’un bien-nommé reportage « Hitler, mon grand-père ? ». On y découvre l’histoire (réelle ou mythifiée?) de la famille Loret, l”interview des descendants supposés du Führer, et en fin de reportage le test ADN qui permettra d’étayer ou non leur postulat de départ.

Lorsqu’on pense à la descendance d’Hitler, on songe tout de suite à son règne sur le Reich et aux années sombres de l’Allemagne. C’est pourtant beaucoup plus tôt dans le XXème siècle que nous ramène l’incroyable récit des Loret, puisque ses origines remontent à la première guerre mondiale. La lignée est alors celle des Lobjoie, dont la mère fait une étonnante révélation à son fils Jean-Marie : son père serait Adolf Hitler, avec qui elle aurait eu une liaison en 1916 lors que le régiment du futur dictateur stationnera à Fournes-en-Weppes. Bien que Jean-Marie portera par la suite le nom de Loret grâce à la reconnaissance en paternité du futur mari de sa mère, le doute persistera. On connaît toutefois la fin d’Adolf Hitler en 1945, et le voile complet sur ce qu’il est advenu de ses restes a empêché à Jean-Marie Loret tout espoir de test de paternité. Il tentera alors de faire exhumer Aloïs Hitler (le père du Führer) pour procéder à un test ADN, ce qui sera catégoriquement refusé par l’Église et les autorités en place. C’est ce combat qu’il racontera dans un livre de 1981 qui titre « Ton père s’appelait… Adolf Hitler ».

L’histoire tombera progressivement dans l’oubli, jusqu’à une enquête de 2009 réalisée par le journaliste belge Jean-Paul Mulders. Le test de paternité ne pouvant être réalisé, Mulders s’arrange pour obtenir des échantillons d’ADN – parfois avec des méthodes très retorses – provenant des derniers descendants connus d’Hitler. Plusieurs tests ADN de lignée sont donc effectués à partir de deux branches de la descendance hitlérienne : les descendants de Willaim Patrick Hitler, qui a migré aux États-Unis pendant la guerre, et une branche autrichienne. Ces profils sont comparés à celui de Jean-Marie Loret, et les résultats tombent sans grande surprise. On retrouve un lien de parenté entre les branches autrichienne et américaine, mais pas avec Jean-Marie Loret. L’affaire n’est cependant pas terminée, puisque les résultats de cette étude sont contestés. On sait par exemple que les fils de William Patrick Hitler ont refusé de coopérer, et qu’il a donc fallu ruser pour récupérer des échantillons d’ADN (l’un étant par exemple une serviette laissée après un repas au restaurant). La famille de Loret a donc soulevé la question de la fiabilité des échantillons, et a rétorqué que seul un test de paternité sur les restes d’ossements d’Adolf Hitler détenus par la Russie pouvaient clôre le débat à tout jamais. En amont, un autre test a été mené par Philippe et Élisabeth Loret, qui se révélera également négatif. Encore une fois, des contestations ont été émises quant au fait que la branche des Loret est supposément illégitime dans l’arbre généalogique d’Hitler, et que le test sur une branche légitime de la famille pouvait donc fausser le résultat.